De quoi s’agit’il ?

Voilà la pointe de l’iceberg des « Conférences de traverse » et du livre du même nom en construction. Vous avez ici accès au plan de l’ouvrage et à l’avant-propos. Je lirai régulièrement des conférences choisies parmi toutes celles qui composeront le livre sur ma chaîne youtube, à votre invitation via l’onglet de commentaire de cette page ou selon ma fantaisie. L’ouvrage, une fois terminé, sera publié sous format numérique et papier, probablement en mars 2020. Les titres des chapitres sont indicatifs, chaque titre recouvrira ou recouvre déjà plusieurs conférences. Inversement, je placerai dans le plan ci-dessous des liens vers les conférences lues et partagées. A l’intérieur de chaque sous-titre, sentez vous libre de proposer tel ou tel approfondissement, tel ou tel développement.

Avant-propos

Vous qui passez par ces lignes et prenez le temps de les lire, je vous souhaite la bienvenue. Je voudrais cet ouvrage accueillant, doux, souple, à votre main. Tranquille. Il n’est pas écrit sous le coup de l’indignation, il n’exprime pas une sainte colère, il ne vient pas poser un jalon dans une carrière universitaire ni financer une piscine. Il ne sert aucune autre fin que son existence, écriture destinée à la lecture. Il est né, il se déploie. Ce livre veut être une maison, pareille à un pays vécu et traversée par un anthropologue. Voilà donc entre vos mains mille aperçus de la France saisis à partir d’un point de vue, d’une subjectivité, abrités sous le toit de ce projet.

Le propos ne sera pas linéaire, parce que le pays ne l’est pas. La charpente tient ensemble, sans pour autant forcer l’unité : la France a sa magie propre, rassemblant dans un espace compact un maximum de différences, de cultures, de terroirs, de paysages, de civilités, d’airs dissemblables, d’eaux différentes. Ce qui la maintient, ce qui fait sa pluralité symbiotique, voilà ce qui nous intéresse ici. Tout se passe comme si, dans ce territoire que j’aime, c’est précisément ce qui délie, ce qui distingue qui fait l’unité profonde. Ce sont les arcanes discrètes du pays, ses nerfs, ses ligaments, son intimité précieuse que je me propose d’explorer ici, avec vous.

Depuis plus de dix ans, faisant mon métier d’anthropologue, j’ai traversé le pays. De Marcilly le Hayer à Mouzon, de Bézu Saint Germain à Cambrai, de Darnieulle à Miribelle les Echelles, de Bayonne à Ker Gadavarn, de Saint Etienne à Agen, de Langres à Lille, de Montreuil à Troyes, de Lorient à Niort, de Tours à Saint Amand en Puisaye, de Saint Paul en Cornillon à Villeneuve sur Lot, de Semur en Auxois à Provins, de Voiron à Limoges, d’Auxerre à Lunéville, de Besançon à Arc et Senans, de Brantôme à Saint Flour, de Saint André de Cubzac à Vaison la Romaine, de Carignan à Moulins sur Allier, de La Voulte à La Réole et de Strasbourg à Blois. En relisant ce paragraphe, des images mentales me remontent à l’esprit, qui ont saisi un morceau de l’âme de ces communes, images qui ont tissé entre elle un réseau de significations. Le voici, couché sur le papier.

A chaque fois, dans chaque lieu, des portes m’ont été ouvertes, je suis entré dans les maisons et, dans les salons la plupart du temps, dans les cuisines parfois, dans les cafés souvent, j’ai parlé à des gens, écouté surtout leurs paroles et je leur ai posé la plus élémentaire des questions, en guise d’introduction : comment ça va ? Et chacun a répondu, longuement. Entre ces lieux, il y a des routes, des sentiers mais aussi et surtout des paroles. Écoutées, transcrites, relues, reçues, ces paroles forment le sol du présent ouvrage, qui poursuit par l’écriture un long travail d’écoute et de lecture des verbatims. Ce travail anthropologique a déjà nourri une activité de vidéaste à travers une chaîne sur la toile; il s’agit ici d’aboutir.

Cet ouvrage reprend un chemin ancien, celui des Essais de Montaigne. Infinitésimal scribouillard, je veux néanmoins adopter cette forme d’écriture perpétuelle, qui supporte la reprise incessante, la réécriture, qui permet de compléter, d’augmenter, d’affiner de réduire, d’année en année un texte en mouvement. Aux premiers jours de l’année 2020, la première version sera disponible. La seconde suivra, en 2021, la troisième en 2022 et ainsi de suite jusqu’à ce que, de guerre lasse, la plume me tombe des mains. Pourquoi ? Simplement parce que la tâche est outrageusement démesurée, elle ne sera jamais vraiment achevée, alors autant faire comme si c’était de propos délibéré.

Le point de départ de cette écriture est une pratique de l’anthropologie politique. J’y injecterai aussi ce que je sais de philosophie, d’histoire et de sciences-politiques, tout ce que j’ai acquis dans la chambre aux merveilles au cours d’une formation classique -les Humanités, comme on disait autrefois. Je veux pour cela une écriture légère, une parole qui vient comme elle vient, rendant des comptes au sens commun, c’est à dire au sens que nous avons en commun, une écriture qui ne s’adresse pas à tel ou tel spécialiste. Il faudrait que, même lus dans le désordre, les conférences de traverse soient pour vous comme la visite d’un édifice dont on puisse apercevoir l’ensemble quel que soit le point de l’ouvrage où l’on se trouve.

Si je puis, ici, vous dire un peu ce qui nous tient, ce qui fait que nous nous aimons, ce qui fait que nous sommes pays, alors je n’aurai pas vécu en vain ma vocation.

Salut et joie !

Alexandre Duclos.

Sommaire, incluant les liens vers celles des conférences qui ont été filmées et qui sont disponibles sur ma chaîne. 

Avant-propos

I. Le pouvoir

I.1, Intérieur

« L’ordre au quotidien »

« Les politiques à l’échelle de la fréquentation »

« La police sociale »

« La mère délocalisée ou la  police familiale (1) »

« Je mange mon sang » ou la police familiale (2) »

« Solidarités prescrites et solidarités réelles »

« La force de l’ordre »

« La violence comme une dent creuse »

« Les classes sociales »

I.2, Extérieur

« Qu’est-ce qu’être étranger ?

« Les étrangers ont ils des droits »

« Nounou volante à travers les frontières »

« Dans quel pays se trouve Tolbiac »

I.3, Sacralité

« Défilé sous-ministériel à Troyes »

« Blasphème »

I.4, Ambiguïté

« L’échec en politique »

I.5, Ordo/néo libéralisme et barbarie

I.6, Le commun/les communs

« Bure ou le temps en commun »

II. Le travail

II.1, Produire pour soi

« Cheffe de clan »

II.2 Chômage sacré

II.3 En voiture, Simone

II.4 Autour de l’exploitation

« Le luxe à la française avec une ancienne de Chanel »

« Je possède des vignes, quelques vignes »

II.5 Salaires, cotisations, impôts

« Résistance toute honte bue »

« Musicien-mendiant »

« Des lorgnons ? Plutôt vendre ma dernière liquette… »

« Évaluatrice : Vous tremblez… Mr Fo : Oh non… 

« Vous allez dire que je suis exigeante » 

II.6 Catégories non-bourgeoises du travail

« Une piété filiale »

« L’aidant absolu »

« Gardienne du temple »

« Travailler au chevet de son père »

« Mère Térésa de la Nièvre »

III. Les signes

III.1, Parlers français

III.2, Langues dévaluées

« Les silvers et les seniors »

« Les mots de la violence »

III.3, L’intégration ignorée

« Aux alpages, il faut revenir »

« Au petit bal du samedi soir »

III.4, Maladie, vieillesse et mort

« Qu’il est difficile de mourir bien »

« Titi ! »

« La mère délocalisée »

« La noyée du noyé »

« La force tremblante »

« Le chapeau du magnétiseur »

« A quoi bon voir ? »

« La vie en mégot »

« En apnée en attendant la mort »

« Trompe la mort »

III.5, Lire le pays en marchant

« Exercices d’Anthropologie pédestre »

« Bistrotière rangée des voitures attend partenaire pour de tours stade »

III.6, Marchons, marchons

« L’handicapée volante »

V. La nature

IV.1, Paysages français

« Vivre à la verticale de sa vie sur les bords de l’Armançon »

IV.2, Crimes terre/culture

« Retourner au bio ? Le retour des grand-pères »

IV.3, Les non-humains

« Le royaume de Filou »

« Polka et moi »

IV.4, Contre l’environnement

IV.5, Ours en boite

IV.6, Qu’est-ce qu’un déchet

V. Les consciences

V.1, Civilités

« Cordialité ardennaise »

« Cordialité corse »

«  Mais tout le monde joue le jeu »

« La bonne fée marraine »

« Des anciens d’Algérie »

V.2, Quotidiens, familiarités

« Potion magique »

« Du bistro au kiosque et du kiosque au square et du square au marché »

« Tu portes mal le mal »

V.3, Amours

« J’ai quelque chose au dessus qui m’aide, ça aide »

« Les flous et les couleurs »

« Ne rien dire pour ne pas gâcher »

V.4, Virtualisations

« Instagram, ou la pyrale infernale »

V.5,Fêtes et transes

« La malicieuse qui voudrait retourner danser »

V.6, L’art français de la dépression

« Un seul être en EHPAD et tout est dépeuplé »

« S ou la mélancolique »

VI. Voies de traverse

VI.1, Voie de traverse 1 : Manger et boire sauvagement le pays

« Fin de beuverie »

VI.2, Voie de traverse 2 : Du PMU au karaoké

VI.3, Voie de traverse 3 : Usage français de la pornographie

Dorcel-story à Lanester

VI.4, Voie de traverse 4 : Infrastructures élémentaires

VI.5, Voie de traverse 5 : Histoire à venir

VI.6, En passant, contes populaires

VI.7, En passant, portait de lieux

1 Les 4 premiers chapitres de la partie consacrée au pouvoir reprennent les 4 domaines du pouvoir définis par Georges Balandier dans Anthropologie Politique (PUF 1967). Ces quatre domaines sont Intérieur, Extérieur, Sacralité et Ambiguïté cet auteur qui m’a longtemps servi de point d’appui central pour la construction de mes cours d’anthropologie politique, ou plus simplement de manuel pour initier mes étudiants à l’anthropologie.

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